Les autres modèles dans l'Armée de l'Air

Même si le Rafale va devenir le principal chasseur dans l'Armée de l'Air, il ne sera pas l'unique chasseur comme cela était envisagé il y a environ 35 ans lorsque le programme a commencé. A cela, plusieurs raisons dont la principale est la durée du programme Rafale nettement plus importante que prévu. Il a donc été nécessaire de commander des Mirage 2000D non prévus initialement. Leur financement s'est bien entendu fait au détriment du programme Rafale même s'ils étaient vraiment nécessaires.

 

La deuxième raison est plus stratégique. Jusqu'au début des années 2000, il n'était pas possible d'envisager d'avoir des drones de combat aussi évolués que le démonstrateur nEUROn. Il va bien falloir leur faire une place dans l'armée de l'air car la plus-value que ce genre de machine peut apporter est énorme dans des missions délicates. J'y reviendrais plus tard en présentant ma vision du futur drone de combat pour les forces aérienne françaises.

 

Vu la faible cadence de livraison des Rafale, il est également devenu nécessaire de moderniser une petite cinquantaine de Mirage 2000D pour disposer d'un nombre d'appareils minimum. D'ailleurs, le Mirage 2000D est en réalité plutôt complémentaire du Rafale même s'il ne possède pas pour le moment de canon, ce qui est toutefois logiquement prévu dans la modernisation.

 

Il me parait donc évident maintenant d'envisager le fait que les drones de combat intègrent l'Armée de l'Air comme "remplaçant numérique" des Mirage 2000D rénovés. Je dis "remplaçant numérique" car les missions ne seront pas les même du fait d'une capacité d'emport plus limitée sur le drone. Et c'est donc la Base Aérienne 133 de Nancy-Ochey qui devrait devenir l'antre des drones de combat.

 

I) Base aérienne 133 de Nancy-Ochey

 

La base nancéenne continuera à abriter la 3e Escadre de Chasse même si celle-ci subira au cours des années de nombreux changements de format.

 

A l'horizon 2020-2025, les Mirage 2000D rénovés côtoieront des appareils non modernisés. J'envisage alors le format suivant pour l'escadre avec toujours 3 escadrons de 20 appareils dont l'Escadron de Chasse 1/3 Navarre (EC 1/3) qui disposerait des Mirage 2000D non modernisés. Lorsque les Mirage 2000D non modernisés seront en fin de potentiel vers 2025, l'EC 1/3 Navarre sera donc logiquement mis en sommeil. Mais cette mise en sommeil n'est que temporaire.

 

En effet, il devrait logiquement rapidement renaître sous la forme de l'Escadron de Drone 1/3 Navarre (ED 1/3) . Il sera le premier à mettre en service le drone de combat conjointement avec la Marine dans le cadre d'un organisme à vocation interarmées (OVIA). Au fur et à mesure de la livraison des drones, les Mirage 2000D rénovés seront retirés du service. L'objectif est de se limiter à 45-50 appareils même durant la phase de transition.
Ainsi, une fois que 20 à 25 drones auront été livrés, il n'y aura plus assez de place pour maintenir deux escadrons opérationnels sur Mirage 2000D. Ce sera alors au tour de l'EC 2/3 Champagne d'être dissous. Et l'EC 3/3 Ardennes sera alors l'unique escadron de Mirage 2000D. Il restera en service jusqu'à la livraison d'au moins 35 drones avant d'être lui-même dissous. On sera alors au-delà de 2030.
Pour résumer, en 2030, nous aurons à Nancy les unités suivantes :
  • L'Escadrille 16S qui dispose des 5 premiers drones armés par l'aéronautique navale
  • L'Escadron de Drone 1/3 Navarre (ED 1/3) qui arme une dizaine de drones pour l'Armée de l'Air
  • L'Escadron de Chasse 2/3 Champagne (EC 2/3) qui dispose d'une dotation de 14 Mirage 2000D rénovés
  • L'Escadron de Chasse 3/3 Ardennes (EC 3/3) qui dispose d'une dotation de 14 Mirage 2000D rénovés

 

soit un total en parc de 50 machines dont environ 35 Mirage 2000D rénovés qui sont encore en ligne. Idéalement, pour 2036, l'ensemble des Mirage 2000D rénovés aura été retiré du service. A Nancy, la dissolution successive des EC 2/3 Champagne (sans doute dès 2031-2032) et EC 3/3 Ardennes accompagnera ce retrait du Mirage 2000D après 43 années de service actif. Il sera alors plus que temps.

 

Dans le même temps, les capacités en drone de combat auront continué à augmenter et 3 unités élémentaires disposeront chacune d'un parc d'une quinzaine de machines. Ainsi, à l'ED 1/3 Navarre sera venu se rajouter l'Escadron de Drone 2/3 Limousin (EC 2/3). La troisième unité sera fournie par l'aéronautique navale dont l'escadrille 16S aura évoluée pour devenir la flottille 16F ainsi recréée.

 

II) Drone de combat Effraie

 

Au niveau des drones "lourds", je pense qu'il faut réfléchir en terme de complémentarité. En effet, un drone MALE est avant toute chose un "planeur motorisé" plus d'un appareil d'assaut. Il vole ainsi relativement lentement mais longtemps à moyenne altitude. Par contre, le drone furtif de combat est lui un véritable aéronef de combat pouvant voler rapidement à basse altitude.

 

Issu du programme franco-britannique SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), Ce drone de combat porterait le nom d'Effraie. Soit un nom de chouette comme pour le SDIM Harfang. Pour les anglais, il s'agirait du FCAS BarnOwl. Le nEUROn est je pense une bonne base de travail pour commencer. mais avec seulement 2 bombes de 250 kg comme capacité militaire, il est trop léger. En effet, le X-47B américain est actuellement capable de transporter en théorique 2 tonnes d'armes. soit 4 fois plus ! D'ailleurs, l'aptitude à évoluer sur le pont d'un porte-avions est l'autre changement majeur à apporter par rapport au nEUROn qui n'est qu'un démonstrateur technologique.
 

Pour moi, le drone de combat est un appareil qui devra pouvoir être utilisé comme appareil de guerre électronique en ouverture de théâtre. Ce qui explique donc la nécessité d'avoir un appareil furtif pour pouvoir échapper aux radars. Il fera ainsi des missions passives de reconnaissance optique ou de renseignement électronique pour assurer la préparation de raids en complément et en coopération avec les Rafales. Mais sa mission la plus importante sera la destructions des sites de défense anti-aérienne dans le cadre de missions SEAD. Et là, il faudra clairement envisager la mise en service d'un armement dédié à cette mission et pouvant aussi être utilisé par les Rafale en complément. 

 

Reste que dans le cadre d'un conflit où la composante renseignement sera moins importante, il sera toujours possible de l'utiliser comme appareil de pénétration tactique comme le Mirage 2000D avant lui. Dans un tel cadre, il faudrait idéalement pouvoir embarquer au moins 4 AASM-250 kg pour avoir une charge militaire crédible. On pourrait aussi envisager des armes plus compactes et adaptées aux drones et/ou aux appareils furtif. Et là, MBDA dispose d'une gamme complète dans laquelle puiser.

 

Je ne suis  pas favorable à lui donner une véritable capacité air-air comme un Rafale. Par contre, il y aurait alors la question de l'autodéfense face à une menace aérienne. Pour le moment, la seule solution envisagée sur les MALE est un missile AATCP comme le Stinger ou le Mistral.